L'orthographe a été modernisée.
1. « Je passe mon exil parmi de tristes lieux,
Où rien de plus courtois qu’un loup ne m’avoisine,
Où des arbres puants fourmillent d’écurieux1,
Où tout le revenu n’est qu’un peu de résine, » Théophile de Viau, XVIe
2. « Plus ne suis ce que j'ai été,
Et ne le saurais jamais être.
Mon beau printemps et mon été
Ont fait le saut par la fenêtre. » Marot, XVIe
3. « Malheureux l'an, le mois, le jour, l'heure et le point,
Et malheureuse soit la flatteuse espérance
Quand pour venir ici j'abandonnai la France :
La France, et mon Anjou, dont le désir me point2 ; » Du Bellay, XVIe
4. « La nuit passée en mon lit je songeais
Qu’entre mes bras vous tenais nue à nu, » Marot, XVIe
5. « Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté » Ronsard, XVIe
6. « Il faisait chaud, et le somme coulant
Se distillait dans mon âme songearde,
Quand l’incertain d’une idole gaillarde,
Fut doucement mon dormir affolant. » Ronsard, XVIe
7. « J’ai vu fondre la neige et ses torrents tarir3,
Ces lions rugissants je les ai vu sans rage,
Vivez, hommes, vivez, mais si4 faut-il mourir. » Jean de Sponde, XVIe
8. « Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démuselé, dépulpé,
Que le trait de la Mort sans pardon a frappé :
Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble. » Ronsard, XVIe
9. « France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores5, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres6 et les bois. » Du Bellay, XVIe
10. « Je n’avais achevé, qu’un trop jaloux réveil
Entre-rompant ce jeu, cet aise7, et ce sommeil,
M’ôta8 cette Beauté dont le désir me ronge. » La Jessée9, XVIe
11. « Le fort sommeil, que céleste on doit croire,
Plus doux que miel, coulait aux yeux lassés
Lorsque d’Amour les plaisirs amassés
Entrent en moi par la porte d’ivoire. » Du Bellay, XVIe
12. « Quand je suis vingt ou trente mois
Sans retourner en Vendômois10,
Plein de pensées vagabondes,
Plein d'un remords et d'un souci,
Aux rochers je me plains ainsi,
Aux bois, aux antres et aux ondes. » Ronsard, XVIe
13. « Et des amours desquelles11 nous parlons,
Quand serons morts, n'en sera plus nouvelle ;
Pour ce12, aimez-moi cependant qu'êtes13 belle » Ronsard, XVIe
14. « Heureuse la créature
Qui a fait sa sépulture
Dans le ventre maternel !
Heureux celui dont la vie
En sortant s’est vue ravie
Par un sommeil éternel !… » Du Bellay, XVIe
1. Ecurieu : Terme de blason. Écureuil.
2. Poindre : piquer.
3. Tarir : cesser de couler.
4. Si : ainsi.
5. Ores : aujourd’hui.
6. Antre : caverne, grotte naturelle profonde et obscure.
7. Aise : Sentiment de bien-être et de contentement.
8. Sujet du verbe ôter : le réveil.
9. La Jessée : Jean Gesse, dit Jean de La Gessée (ou Jessée), né à Mauvezin en Gascogne vers 1550 et mort vers
1600, est un poète, historien et généalogiste français.
10. Vendômois : pays d’origine de Ronsard.
11. Amour : a été masculin et féminin dans les deux siècles derniers. Amour au féminin est un archaïsme ; amour, venant de amor, était féminin dans l'ancienne langue.
12. Pour ce : c’est pourquoi.
13. Cependant que : pendant que.
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